Préparer vos ruches pour l’hiver:
Septembre (Octobre avec le réchauffement climatique) marque la transition entre la saison active et l’hivernage. Traitement varroa, nourrissement, réserves et lutte anti-frelon : les opérations à réaliser pour garantir la survie de vos colonies.
Pour l’apiculteur, ces mois de transition ouvrent la période du conditionnement des colonies pour l’hivernage. Trois priorités guident vos interventions : état sanitaire, réserves suffisantes et lutte contre le frelon asiatique.
Que se passe-t-il dans la ruche en septembre-octobre ?
Septembre et Octobre sont les mois charnière. Selon les régions et les années, certains apiculteurs terminent leur dernière récolte tandis que d’autres conditionnent déjà leur miel ou préparent l’hivernage. La colonie s’organise pour passer l’hiver : la ponte ralentit, les mâles sont expulsés et les abeilles d’hiver commencent à naître.
La baisse progressive de l’activité de butinage
Les ressources mellifères diminuent. Le lierre, les asters et la bruyère callune constituent les dernières grandes sources de nectar et de pollen. Le raccourcissement des jours et la baisse d’ensoleillement réduisent la durée des vols. Les butineuses sortent moins longtemps et concentrent leurs efforts sur le stockage des réserves.
La constitution des abeilles d’hiver
La reine réduit progressivement sa ponte. La colonie produit une nouvelle génération d’abeilles dites « d’hiver » ou abeilles diutinus, dont la longévité atteint 4 à 6 mois. Contrairement aux abeilles d’été, elles accumulent des réserves protéiques dans leur corps gras, ce qui leur permet de survivre à la disette hivernale et de maintenir la grappe. La qualité et l’abondance du pollen disponible influencent directement leur vigueur.
Que fait l’apiculteur dans la ruche en septembre-octobre ?
La visite d’automne
La visite d’automne est un inventaire complet de la colonie. L’apiculteur procède à un état des lieux cadre par cadre pour constater l’état sanitaire, la qualité du couvain et la situation des réserves en pollen et en miel. Si l’abeille n’a pas attendu l’homme pour survivre, l’apiculteur se doit de lui offrir un habitat accueillant et protégé.
Vérifiez que la ruche est en bon état, protégée des intempéries, sans infiltration d’eau ni courant d’air. L’abeille craint plus l’humidité que le froid. Surélevez légèrement du sol, vérifiez l’étanchéité du toit et remettez les portes de réduction d’entrée. Protégez cette entrée du soleil levant qui pourrait inciter l’abeille à sortir par un temps trop froid. N’oubliez pas la prise de notes.
Vérifier et compléter les réserves alimentaires
Un hivernage réussi dépend de réserves suffisantes. Une colonie doit disposer de 12 à 18 kg de miel pour passer l’hiver. Pour une ruche Dadant 10 cadres, visez 38 à 45 kg au total. L’apiculteur évalue le poids de la ruche et complète si besoin avec du sirop de nourrissement. Ce nourrissement doit être effectué tôt, afin d’éviter que les abeilles d’hiver s’épuisent dans des activités de transformation du sirop.
L’idéal est que fin octobre les corps soient garnis de rayons bien pleins de miel sur toute leur hauteur. Enlevez les cadres insuffisamment pleins et veillez à redonner de l’espace de ponte à la reine. Retirez un cadre de rive si besoin et placez au centre un cadre bâti vide. L’objectif est d’avoir beaucoup de jeunes abeilles fin et en bonne santé.
Réorganiser et resserrer les colonies
En septembre-octobre, l’apiculteur réduit l’espace disponible dans la ruche afin de limiter le refroidissement et de concentrer la colonie. Retirez les cadres vides ou insuffisamment pleins. Une partition limitera l’espace de vie des abeilles pour augmenter la chaleur.
Installez une plaque isolante comme un cadre mais affleurant les bords et le couvre-cadres. Ce peut être une plaque en polystyrène ou polyuréthane extrudé, de préférence doublée d’une feuille réfléchissante en aluminium. D’autres produits existent notamment pour faire des couvre-cadres à la fois isolants et perméables à l’humidité de la ruche.
Traiter contre le varroa
Le varroa, ennemi numéro 1 des abeilles, prolifère en masse dans les ruches. Maîtriser sa propagation est devenu indispensable pour la survie des colonies. La présence de varroas provoque la maladie appelée varroose. Les abeilles infestées sont plus petites, plus faibles, plus sensibles aux maladies. Certaines naissent avec des malformations des ailes et meurent quelques heures après leur naissance. La colonie infestée s’affaiblit progressivement et finit par mourir, le plus souvent en hiver.
Septembre-Octobre marque souvent une fenêtre pour agir contre le varroa. Plus qu’une question de calendrier, c’est surtout la fin de la dernière récolte qui détermine le moment d’intervenir. Dès celle-ci effectuée, les traitements acaricides disposant d’une AMM doivent être appliqués sans délai. Un suivi précis du niveau d’infestation reste indispensable : comptage des chutes naturelles, test au sucre glace ou au CO₂.
Les méthodes acariologiques principales :
- Acide formique : action sous opercule, efficace même en présence de couvain
- Acide oxalique : réservé à la période hors couvain (), traitement de finition
Lutter contre le frelon asiatique
Cette année, dans certaines régions, la pression du frelon asiatique a commencé très tôt, accentuant la prédation sur les colonies. Le stress provoqué par ces attaques réduit l’activité de butinage, limite le stockage des réserves et fragilise la colonie en fin d’hiver. La protection des entrées de ruches et le piégeage sont dans toutes les régions généralisés.
Selon le niveau de présence observé autour du rucher, une stratégie intégrée est recommandée :
- Muselières pour limiter l’accès direct au trou de vol
- Harpes électriques efficaces pour neutraliser les frelons adultes
- Piégeage sélectif avec appâts adaptés pour éviter les captures d’insectes non ciblés
L’association de ces méthodes permet de réduire significativement la pression et d’améliorer les chances de survie des colonies à l’hivernage. Toutefois, la meilleure solution reste la destruction de nid, réalisée par un professionnel.
Les remérages
Les mois de septembre-octobre, peuvent être le moment de changer de reine pour doter les colonies de reines de l’année. L’âge de la reine est le premier paramètre pour avoir de grosses productions. Il existe deux possibilités pour remérer les colonies :
- Soit par l’introduction dans des cagettes de jeunes reines dans les colonies préalablement orphelines
- Soit par la réunion de deux colonies de production avec des essaims artificiels ou naturels dotés de reines de l’année. Cette solution est préférable pour éviter une supersédure dans le mois qui suit
Quelques principes à respecter :
- Être sûr de la qualité de la jeune reine, inutile de remplacer une reine qui fut une bonne pondeuse par une jeune mauvaise
- Ne réunir que des colonies saines et dynamiques, car deux colonies anémiées produiront une colonie anémiée à son tour
- En cas de doute ou de manque de temps, il est tout à fait possible d’hiverner des colonies ou des essaims sur 5 cadres très miellés. L’hiver devrait bien se passer et réunir en mars est souvent une bonne opération pour les survivantes
Fiche technique : comment réunir deux colonies ?
Par le mélange des populations dans une ruche
Mettre au centre d’une ruche tous les cadres de couvain de l’essaim, avec leurs abeilles et la reine. Compléter de part et d’autre les cadres de couvain, avec toutes leurs abeilles, issus de la colonie de production. On termine par tous les cadres de pollen et de miel. Toutes les populations auront été aspergées d’eau parfumée. Il est préférable de détruire la reine âgée. Cette manière de procéder protège la jeune reine contre les attaques des autres abeilles.
Avec la grille de réunion par superposition des ruches
Poser sur la ruche dont on souhaite conserver la reine une grille de réunion. Poser dessus le corps de ruche à réunir. 5 à 8 jours plus tard, enlever la grille, secouer les abeilles derrière les ruches, rechercher la vieille reine et la détruire. Ensuite, recomposer les ruches avec les cadres de couvain et de miel/pollen.
Récapitulatif des conseils pour septembre-octobre
Réunir les ruches faibles et resserrer les colonies : enlever les cadres vides, ajouter si besoin des cadres de miel et resserrer l’ensemble des colonies jusqu’à ne leur laisser que 3-5 cadres de couvain, ajouter une partition et déplacer les cadres de miel et de pollen
Contrôler la qualité des reines d’élevage : une reine longue et agile est un signe positif. De même que des jeunes abeilles bien formées, sans ailes rongées, sans pattes atrophiées, avec un abdomen bien développé. Le couvain doit être régulier et abondant
Contrôler la présence du varroa et procéder aux traitements adaptés si nécessaire
Déclarer ses ruches si cela n’est pas déjà fait entre le 1er septembre et le 31 décembre